J’ai enfin compris de quoi parlait vraiment « La vie littéraire » de Mathieu Arsenault. La révélation m’est apparue par le plus grand des hasards, lorsque je décidai d’inscrire le nom de Vickie Gendreau dans google. Cette courte recherche m’apprit la raison pour laquelle elle était citée dans l’ouvrage que je lisais. Elle était bien plus qu’une énième référence à un artiste québécois, elle était la meilleure amie de Mathieu. Décédée d’un cancer à seulement vingt-quatre ans, l’auteur s’était inspiré d’elle pour l’alter ego qu’il allait mettre en scène dans son œuvre.
J’ignorais cela, c’est pourquoi au début de ma lecture, je n’aimais pas le ton cynique et vulgaire que prenait le livre pour raconter que la littérature se meurt. Pire, que les écrivains devraient presque l’abandonner et qu’il n’y a plus rien d’autre à faire que se livrer à n’importe quelle distraction, faute de pouvoir être reconnu pour son talent. À mes yeux l’art se suffit à lui-même et attendre l’approbation des autres pour agir, pour créer, c’est un peu une forme d’immaturité. La recherche d’attention, la course à la gloire… Rien ne me paraît plus superficiel. D’autant plus qu’exister dans l’ombre est parfois mieux que de ne pas exister du tout, et le feu des projecteurs peut être aussi brûlant qu’une coulée de lave. Mais le personnage d’Arsenault, elle, y serait plongée tête la première sans hésiter, si elle en avait eu l’occasion.
C’est pourquoi je me moquais de cette jeune femme dramatique qui s’apitoyait sur son sort, se vautrait dans l’alcool et abusait de la drogue pour finalement se laisser tomber dans la débauche. Mais en fin de compte, j’ai réalisé que ce n’était pas la littérature qui mourrait dans « La vie littéraire », c’était Vickie Gendreau qui s’éteignait de sa maladie. On comprend alors tout de suite mieux la phrase infinie qui compose le livre. Ce rythme continu qui ne prend aucune pause, ni pour la majuscule, ni pour la virgule, ni pour le point. Il y avait trop à écrire et pas assez de temps. Prise au piège dans un monde qui devenait chaque jour plus absurde, entourée de lecteurs de plus en plus désintéressés avec toujours moins de temps pour apprécier la poésie, Vickie dépérissait en même temps qu’elle voyait son rêve disparaître.
Je me sens mal d’avoir noirci les marges de mes critiques acerbes alors que cet ouvrage était un hommage à une vraie personne. Je n’ai pas encore terminé ma lecture, mais il va sans dire que cette découverte ravive mon intérêt.