Je réalise que je suis un être rempli de contradictions. Je suis celle qui se tient devant le miroir, tout comme sa jumelle de l’autre côté. Cette conclusion s’est lentement taillée un chemin en moi à cause de l’autofiction. En effet, j’ai souvent trouvé qu’il s’agissait là du genre littéraire des vaniteux. Celui des hautes gens de lettres pour qui tout semble avoir réussi, et qui pourtant, sont trop peu créatifs pour jongler avec tous les éléments d’une histoire « inventée à partir de rien ». Il m’est toujours paru extrêmement présomptueux d’écrire non seulement sur sa propre personne, mais de romancer en plus ses expériences afin d’en monter une audacieuse parade masquée. Je n’ai jamais compris cette obsession du soi, l’impudeur de se dévoiler soi-même comme on révèle une peinture devant la foule. C’est comme se placer dénudé dans une vitrine, mais avec un savant jeu de lumière destiné à orienter le regard des spectateurs. À mes yeux, s’exposer de cette façon au grand public ressemble beaucoup trop à une vaine recherche de validation sociale plutôt qu’à une noble quête d’inspiration. Cela me rappelle par trop souvent les influenceurs des réseaux sociaux qui mettent leur vie en scène, soit comme un film idyllique, soit comme une aventure pleine de faux rebondissements.
Pourtant, malgré ces fortes convictions, deux ouvrages d’autofiction sont parvenus à me charmer: « La vie littéraire » de Mathieu Arsenault et « Chasse à l’homme » de Sophie Létourneau. Pourquoi ? La raison est assez simple : parce que les deux ouvrages parlaient d’écriture, de littérature et de la vie d’écrivain dans un format engageant et original. Le tout était parfois déroutant et discutable, mais il demeure que je les ai lus jusqu’au bout avec l’intention même de les relire un jour. Je me suis bien demandée quel artifice pouvait bien se cacher entre les pages de ces ouvrages singuliers pour me faire apprécier un genre que je juge toujours aussi prétentieux.
Je peux affirmer sans aucun doutes qu’il s’agit principalement du fait qu’en tant qu’auteure amatrice, ces livres ont su assouvir ma curiosité sur la vie « mythique » des écrivains. Sur ce milieu fermé dans lequel je n’entrerai probablement jamais. Je pouvais m’y projeter et absorber cette fantaisie, peu importe si ce qui y était raconté était négatif ou dénonciateur. Les auteurs plaçaient les projecteurs, ajustaient les caméras de manière à ce que tous les éléments factices de leur histoire semblent aussi véritable que le sentiment le plus vif qui les a inspirés. Au final, c’est peut-être cela, qui m’a le plus envoûtée : cette orchestration du réel pour en faire quelque chose de plus artistique tout en conservant l’aspect rugueux et imparfait de la vraie vie. Autrement dit, l’autofiction est elle-même une contradiction qui se donne en spectacle, et qui, ainsi, reflète les aspérités de mon âme.