J’ai semé mes démons à travers les bois. J’ai parcouru le rivage et escaladé les parois du fjärd, là où l’angoisse et la tristesse ne peuvent se rendre. J’ai laissé l’air salin purifier mes poumons et dénouer ma gorge. C’est là-bas, entre terre et mer, que je suis redevenue moi-même.
Mes yeux se sont promenés librement sur le calme de l’onde et j’ai savouré ma chance lorsque l’aileron du petit rorqual a traversé la surface, tout près de nous. En entendant son souffle puissant, j’ai eu l’assurance que là était bien ma place, aux côtés de celui que j’aime, ici dans le Nord. Ce qui était trouble en moi est devenu limpide et tous mes soucis m’ont soudain paru petits et lointains. Comment se sentir morose lorsqu’une famille de marsouins passe devant soi ? Lorsqu’un phoque curieux semble nous observer avec autant d’intérêt que nous lui portons nous-mêmes ? Lorsque les oiseaux voltigent dans le ciel avant de piquer vers le bas et plonger entre les vagues avec aisance ? J’aspire à leur ressembler, à simplement exister.
Partout où je regardais, je me retrouvais saisie d’émerveillement. Le malheur et la laideur n’existaient pas, et moi, j’étais là. Pleinement présente. Je faisais moi aussi partie de toute cette beauté et je me sentais aimée inconditionnellement par cette force qui me veut en vie, et celle-là même aussi, qui m’offrait cette vision du paradis. Je ne peux en retour que me fondre en gratitude et protéger ce sentiment dans mon coeur pour que lorsque les démons reviendront, il puisse me rappeler ma raison d’être.